Recommander cette page à un(e) ami(e)
Recommander cette page
à vos amis
Rejoignez le Groupe
des amis du Souffle d'Or sur...
MICRO-ORGANISMES EFFICACES Renouer avec le vivant par Christine Gatineau article réalisé pour le magazine Génération Tao n°60, mars 2011 |
![]() |
Les retombées du capitalisme financier et du technoscientisme*, révèlent l'impasse dans laquelle nos sociétés se trouvent : dilapidation des ressources, production massive de substances dangereuses, pollution... jusqu’à ces centrales nucléaires à proximité de lignes de faille. Le réveil à répétition est brutal. Changer de cap, maintenant ! En premier lieu, il s'agit de reconsidérer notre rapport à la nature et notre relation au sacré. Nous pouvons réapprendre à traiter la nature comme une alliée, à l’instar des peuples anciens, sans pour autant revenir à l'âge de pierre ! Car quelle autre voie nous fera sortir de la matrice des valeurs modernistes, de la modélisation mathématique du réel ? Il est temps de déployer une économie de la connaissance, en mesure de trouver au cœur de l'immensité inexplorée des solutions holistiques et transdisciplinaires. Renouer avec le vivant, c’est aussi nourrir une nouvelle conscience des processus biologiques. Dans les années 80, au Japon, des découvertes ont été faites dans un domaine toujours méconnu en France : les Micro-organismes Efficaces (nommés aussi EM, de l’anglais Effective Microorganisms). Cette technologie contemporaine s'inscrit pleinement dans le courant inspiré par la conscience du vivant et du sacré. La réflexion sur la vie du sol, l’utilisation des micro-organismes pour guérir les terres tracé son sillon dans le monde. Des scientifiques et des citoyens pionniers ont déjà apporté des contributions majeures. Parmi eux, Rudolf Steiner (début du 20e siècle : le philosophe, fondateur de l’anthroposophie, dont l'oeuvre est à l'origine de l'agriculture biodynamique), Albert Howard (agronome et botaniste anglais, un des pères de l'agriculture biologique), Albert Schatz (microbiologiste américain), Masanobu Fukuoka (créateur du courant shizen nōhō / Natural Farming, spécialiste de la désertification), Bill Mollison et David Holmgren (australiens co-fondateurs de la permaculture dans les années 70). Et Teruo Higa, professeur d’horticulture à l’université d’Okinawa qui ouvert un autre champ d'investigation : la technologie EM, née en 1981. La merveilleuse puissance de l’infiniment petit Les micro-organismes ont préparé l'avènement de la vie sur Terre et participé à l’évolution. Bactéries, levures, champignons, algues, sont des acteurs essentiels dans le cycle qui crée le vivant à partir de la terre, se nourrit de la terre et retourne à la terre pour un nouveau commencement. Les micro-organismes ont des caractéristiques complexes. Ils communiquent au moyen de signaux électromagnétiques ; ils détectent les substances hostiles. Ils produisent à partir des minéraux des substances assimilables par les plantes, ils fertilisent le sol. Ils peuvent restituer à l’environnement l’eau qu’ils stockent... Nous en utilisons couramment pour produire bière, pain, yaourts, choucroute, compost, etc. Les microorganismes efficaces ont été mis au point par Teruo Higa, au bout de dix ans de recherches sur les technologies agricoles respectueuses de l’environnement. La mixture EM associe 80 souches de micro-organismes, collectés dans la nature et cultivés (ni modifiés, ni manipulés) : bactéries photosynthétiques, levures, champignons, actinomycètes et bactéries lactiques. Celles-ci sont engagées dans un processus de fermentation. La préparation ainsi obtenue sert ensuite de base à toutes les formes d’EM. Il existe 5 familles d'EM, commercialisés sous forme liquide ou incorporés dans des céramiques. C’est un objectif global que poursuit Higa : restaurer l’environnement, contribuer à la santé de tout ce qui est vivant, et aussi à l’élévation de notre niveau de conscience par rapport à la vie. La biosphère peine à absorber les effets de l'activité humaine. Or, l’action de certains organismes ralentit précisément le processus de dégradation entropique* qui l'affecte. Selon lui, nos sociétés doivent opter pour une conversion vers des technologies fondées sur le principe de la syntropie*: anti-oxydation, construction, renaissance (comparable à la photosynthèse chez les plantes), qui protège la biosphère. Les EM en font partie. Croire, ne pas croire ? Une question d'attitude Les EM ont suscité peu d'intérêt au Japon, jusqu'à ce la technique soit adoptée par une communauté bouddhiste qui pratiquait l'agriculture shizen noho, proche des techniques biodynamiques. Par la suite, ce sont des adeptes de l'agriculture bio et des ressources naturelles qui les ont employés. A ce jour, la technologie EM est présente dans 120 pays ; des centres de production sont implantés dans 59 pays. Les EM sont utilisés dans plusieurs pays pour l'entretien des sols, le traitement des déchets, les stations d'épuration. En Thaïlande et au Vietnam, certains hôpitaux s'en servent en tant que désinfectants. Tout récemment, à Christchurch, Nouvelle-Zélande, des EM ont été utilisés lors d'opérations d'assainissement menées après le tremblement de terre. En Europe, on trouve les EM principalement en Espagne, en Suisse et Royaume Uni, et aussi aux Pays-Bas, en Allemagne, Pologne, Autriche et en France. Peu à peu, les retours d'expérience sont collectés par l'équipe du Pr Higa. On manque néanmoins encore de rapports détaillés, ce qui réjouit évidemment les esprits sceptiques qui exigent des preuves scientifiques attestant notamment de la reproductibilité des résultats. Mais au final, la question n'est-elle pas simplement : pourquoi ne pas se rendre compte par soi-même ? D'autant plus qu'un des avantages des EM est que même les néophytes peuvent les utiliser, et qu'ils sont totalement naturels ? C’est ce qu’a fait la journaliste suisse Anne Lorch, auteur d’un ouvrage complet sur les EM ; sceptique au début, elle les a testés et voit à présent en eux une piste magnifique. Nous n’y échapperons pas : notre attitude mentale en situation de confrontation à une technologie non-conventionnelle, et qui dans le cas présent repose sur des êtres invisibles, appelle manifestement un changement de mode de pensée. Aujourd’hui, nous avons besoin de vision, de poésie et de passeurs inspirés. « Ayons le courage et l’honnêteté de chercher des solutions à un niveau qui dépasse l’intérêt personnel ou la satisfaction de l'égo, et donnons-nous en les moyens. Ce ne sont pas le savoir ou l’expérience qui importent, mais la créativité avec laquelle on aborde ces questions. » T. Higa Applications Les EM remplacent avantageusement les produits chimiques et s’associent à diverses pratiques écologiques. Principaux usages : • agriculture, élevage • jardinage • eau : dépollution, revitalisation • alimentation humaine, animale, compléments alimentaires • entretien et construction. Ils concernent le public en quête de solutions naturelles. En France, ce sont sans doute les agriculteurs bio, les praticiens de la permaculture, les éleveurs de chevaux, les jardiniers, les AMAPiens, les locavores, les nouveaux groupes de citoyens, qui auront plaisir à tester les EM, ainsi que le Bokachi, méthode qui permet d'obtenir des engrais organiques. * Entropie : état de désordre grandissant d’un système ; tendance à se désagréger, se décomplexifier, se décomposer. * Syntropie : « tendance innée de la matière vivante vers la perfection » (A. Szent Györgyi) ; force qui pousse vers la synthèse, la croissance, la totalité. Bibliographie : - Les micro-organismes efficaces, au service de la terre, des animaux et des hommes, A. Lorch, Le Souffle d’Or - Surgissement d'un nouveau monde, M. Luyckx Ghisi, Alphée - Technoscientisme : le totalitarisme contemporain, M. Attéia, éditions Yves Michel - La décroissance. Entropie-Écologie-Économie, N. Georgescu-Roegen, Sang de la terre EM : - Association EM France : association-em-france.blogspot.com - liste de fournisseurs sur la fiche du livre : www.souffledor.fr - EMRO : emrojapan.com Permaculture : www.permaculture.fr permaculturefrancophone.org | |