| Créer des événements, enrichir l’identité de la marque, … Comment animer une marque avec son histoire lorsque les entreprises sont, aujourd’hui, de plus en plus tournées vers l’avenir et non sur leur passé ? Exemple de la Caisse d’Epargne qui, bien qu’appartenant à l’univers froid de la banque, a su jouer de son patrimoine culturel important.
I. Naissance de la Caisse d’Epargne Au début du XIXème siècle naît la Caisse d’Epargne par des bourgeois philanthropes dans une logique d’intégration sociale. La Caisse d’Epargne est un institut de bienfaisance. Un actif financier est créé, le livret A, dont le but était de diffuser l’argent à des couches qui n’avaient pas accès aux banques. Depuis 200 ans, on observe une croissance exponentielle du nombre de produits. En 1966, la réforme du système bancaire entraîne la mise en place du livret supplémentaire, appelé livret B. Dans les années 70, c’est la fédération des Caisses d’Epargne. Des directives sont établies pour que les notables installent une antenne dans leur ville. En 1918, il existait une Caisse d’Epargne, rue du Louvre, à Paris. En 1952, 585 étaient ouvertes. Plus les métiers se sont spécialisés, moins il existait de Caisses d’Epargne. Aujourd’hui, on en compte 34 à travers toute la France. Toute une symbolique découle du livret A. Autrefois, le passage en 6ème était marqué de la remise du livret A. C’est le développement de l’épargne scolaire. En 1965, le livret A représente 100% de l’activité de la Caisse d’Epargne. En 1983, il n’en représente plus que 70% pour ne finir qu’à 25% en 2002. Aujourd’hui, pour les gens, la Caisse d’Epargne = le livret A.
« Les Caisses d’Epargne drainent la petit épargne, celle formée par des gens, qui n’entrent pas en contact avec les banques ». Marchal, 1967. Place des Caisses d’Epargne dans les collectes, années 60
- Risque fort de détérioration
- Retrait du Trésor au profit des banques
- Dégradation de l’institution
- Insuffisante compétitivité.
Le dépérissement n’est pas loin.
II. Le côté dévalorisant de la Caisse d’Epargne A la suite de changements importants, la Caisse d’Epargne a fait face à des problèmes d’identité et s’est efforcée de travailler sur les valeurs de son identité. Grâce à ces études, la Caisse d’Epargne a pu découvrir que lorsqu’on parlait du livret A, les mêmes mots revenaient : « impossibilité », « difficulté ». Ainsi, la Caisse d’Epargne n’est « jamais quelque chose à la mode ». Quel sens a ce côté dévalorisant de la Caisse d’Epargne ? La Caisse d’Epargne est tombée dans le registre courant : on la retrouve dans le langage populaire. Exemple avec la Seat Toledo, qualifiée de « Caisse d’Epargne familiale ». Même certaines célébrités usent de cette connotation négative. Pierre Arditi en 2000 : « Je ne travaillerai jamais dans un bureau. Je ne suis pas une Caisse d’Epargne ». Ce florilège de références dévalorisantes ont un impact fort.
III. Pourquoi cette image et comment fonctionne t-elle ? Les images d’Epinal, littérature de colportage, illustrent la Caisse d’Epargne. Entre les femmes, l’absinthe et le Mont de Piété, on retrouve le « bon chemin : La Caisse d’Epargne Prévoyance ». Elle est aussi présente chez Zola : Gervaise tient ses comptes avec la Caisse d’Epargne. Ainsi, pendant que le dictionnaire Larousse de 1897 renferme ses lignes : « la Caisse d’Epargne est la banque du pauvre », l’entreprise se rapproche de la jeunesse : « le centime fait la richesse », « les petits ruisseaux font les grandes rivières ». Le boni d’exploitation est distribué aux bonnes œuvres, dans le but de répondre aux questions sociales de l’époque. C’est ainsi que la Caisse d’Epargne financera les bains Douches dans un souci d’hygiène publique. En 1881, les femmes peuvent ouvrir un compte à la Caisse d’Epargne. L’entreprise se veut très pragmatique et non idéologique. Elle doit faire face aux attaques frontales comme la publication, dans les années 80, de Toujours plus, de François de Closets, qui dénonce le système de monopole. Suite à cette attaque de fond, un diagnostic est effectué en 1981 :
- 470 Caisses, 26 000 agents
- 28% du total en cours de l’épargne liquide
- 30% des investissements dans les collectivités locales
- 33% des financements affectés au logement
- Capital confiance exceptionnel
- Investissement efficace de collecte et de régulation
Mais :
- Glissement lent vers une image un peu désuète d’organisme para-administratif réservé aux catégories socioprofessionnelles les moins actives
- Relative stagnation, difficultés croissantes pour maintenir des résultats commerciaux.
Soit l’entreprise se réformait avec l’aval des pouvoirs publics, soit l’entreprise mourait. La réforme commence alors, la Caisse d’Epargne devient une banque d’après la loi du 1er juillet 1983.
- Transformation de la Caisse d’Epargne en organisme bancaire
- Développement et Multiplication des métiers
- Réorganisation (500 caisses en 1983) pour devenir une banque. Restructuration avec un organe central.
Aujourd’hui, après 20ans de mutations, on dénombre 50 000 salariés et 40 filiales. Tous ces changements vis-à-vis de l’image de l’entreprise ont bousculé l’identité de l’entreprise.
Points douleur :
- Histoire difficile à assurer
- Absence de mission et de positionnement clairement affirmés
- Complexes « non liquidés »
- Processus de décisions complexes
- Fusions : une juxtaposition de culture (500 caisses => 34 aujourd’hui)
- Une forte résistance à intégrer le nouveau : on ne change pas facilement => peur
- Suivre/ copier/ ressembler/ disparaître : la Caisse d’Epargne ne faisait que copier un modèle, celui du crédit Agricole
Socle d’appui
- Vers une identité, retrouver nos valeurs fondamentales en phase avec les valeurs de la société
- Le sens/ la vision/ le réalisme : capacité à changer
- Un personnel qui a prouvé qu’il pouvait évoluer
- Une entreprise en réseau : mosaïque d’institutions disparates
- Des initiatives porteuses d’avenir : valoriser le chèque, les SICAV monétaires
- Fusions : une aventure commune, des projets clarifiés
- Une appropriation rapide de la logique de marché
- Changer et changer vite : le juste à temps des Caisses d’Epargne
Mais il n’y a pas de valorisation en interne. Le travail de fusion n’a pas été valorisé. Dans les années 90, au moment des fusions, le logo change. En 91, il est nouveau est différent pour chaque région (écureuil avec un ski pour les Alpes, bleu avec le biniou pour la Bretagne).
Finalement, il faut valoriser l’histoire en interne et en externe pour valoriser l’institution.
Intervention de Pierre Servent, directeur général de la communication Caisse d’Epargne
La Caisse d’Epargne bénéficie d’une épaisseur historique, d’une richesse. Mais l’image est quand même pénalisante. La situation est paradoxale : la perception de l’entreprise est différente de la réalité. Finalement, la Caisse d’Epargne tire son épingle du jeu car elle n’est pas perçue comme une banque. Sa politique a toujours été la même : accueillir riches et pauvres. La réalité est ainsi : la Caisse d’Epargne est un groupe moderne, leader de l’e-commerce. Elle traite les problèmes avec la multitude de ses gammes de service et la qualité humaine de ses agents commerciaux. La perception d’aujourd’hui, c’est : livret A+ administration+ écureuil = Caisse d’Epargne.
Comment arriver à la perception « Banque forte, moderne » sans pour autant tomber dans la perception « administration = suspect » ? Les messages publicitaires doivent être subtils : « On fait de l’argent, mais le plus, c’est que nous continuons à être engagés dans la société et dans ses problèmes ». Plus les Caisses d’Epargne gagnent de l’argent, plus les caisses régionales disposent d’une manne pour pouvoir financer des projets :
- Lutte contre l’illettrisme
- Aide
- Insertion sociale par l’emploi
- Maisons médicalisées pour le 3ème âge.
La Caisse d’Epargne d’aujourd’hui, c’est marier solidarité sociale et compétitivité. Les Caisses d’Epargne ont l’ambition d’être une banque originale, moderne et prophétique pour les attentes du début du XXIème siècle.
- Questions / réponses -
Comment fonctionne la stratégie de communication ? L’entreprise a insisté sur le sens « épargne » et non sur le sens « banque ». Il manque la stratégie de communication sur le côté « banque ».
Pourquoi avoir changé de nom en 1983 ? L’entreprise avait le choix entre « Caisse d’Epargne – Ecureuil » et « L’Ecureuil – Caisse d’Epargne ». La mention « Caisse d’Epargne » ranime ce qui est inscrit dans la mémoire collective des Français. Quand la marque est ancienne, une question se pose : doit-on réalimenter la marque de l’intérieur ou doit-on tout simplement la changer ?
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Liste des déjeuners
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| Jeudi 9 avril 2009  Lire | | « Les valeurs : effet de mode ou ressource durable ? » |
| Mardi 17 mars 2009 | | « Les marques et la crise » |
| Jeudi 12 Février 2009 | | « Design et design de communication: la différence, c'est la marque ! » |
| Mardi 9 décembre 2008 | | « Marques/Consommateurs : l'heure de vérité » |
| Mercredi 15 octobre 2008 | | « Banania...ou les ressorts d’une marque patrimoniale et emblématique » |
| Mercredi 17 septembre 2008 | | « Le désir de santé : nouvelle aspiration des consommateurs, nouveau défi pour les entreprises. » |
| mardi 8 juillet 2008 | | « Michel Et Augustin, « les trublions du goût » : comment construire une marque ? » |
| jeudi 29 mai 2008 | | « Cadum, la renaissance d'une marque patrimoniale. » |
| mardi 8 avril 2008 | | « Coca-Cola, la marque aux six sens ! » |
| mardi 12 février 2008 | | « Mardi 12 février 2008 - Leffe 2005-2007 ou comment accélérer la croissance volume d’une marque installée depuis 20 ans, sur un marché en déclin, tout en respectant sa singularité ? » |
| mardi 8 janvier 2008 | | « Comment détecter les tendances et les attentes émergeantes au service de l’innovation ? » |
| mardi 13 novembre 2007 | | « Le Web 2.0 : menaces ou opportunités pour les marques ? - mardi 13 novembre 2007 » |
| mercredi 5 septembre 2007 | | « Prochain RDV le 5 septembre 2007 : Reflets de France, dix ans de succès, avec Alain Fretellière, directeur Reflets de France et relations PME » |
| mercredi 20 juin 2007 | | « Quand les marques grand-public ont rendez-vous avec la santé, le 20 juin 2007 avec Eric Phélippeau » |
| mercredi 23 mai 2007  Lire | | « Placement de marques au cinéma et dans d'autres vecteurs culturels, le 23 mai 2007, avec Jean-Marc Lehu » |
| jeudi 26 avril 2007  Lire | | « Marque et religion le jeudi 26 avril 2007 avec Benoît Heilbrunn » |
| mercredi 28 mars 2007  Lire | | « L’Intelligence Economique au service de l’entreprise et de ses marques… Anticiper, innover, agir… Stimulez la performance de vos marques par l’Intelligence Economique » |
| mercredi 14 février 2007  Lire | | « L’Intelligence Economique au service de l’entreprise et de ses marques... Anticiper, innover, agir... Stimulez la performance de vos marques par l'Intelligence économique » |
| jeudi 25 janvier 2007 | | « Génération Participation : de la société de consommation à la société de participation » |
| mercredi 13 décembre 2006  Lire | | « Le cas Findus, le renouveau d’une marque » |
| mercredi 15 novembre 2006  Lire | | « La Conception Assistée par COllaborateurs & COnsommateurs » |
| mardi 17 octobre 2006  Lire | | « Vers un new deal créatif? » |
| mercredi 14 juin 2006  Lire | | « L'innovation : "Comment accélérer l'innovation business" et "L'imaginaire au service de l'innovation" » |
| mercredi 17 mai 2006  Lire | | « Organisation et protection de l'identité d'une grande société sur l'Internet » |
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| mercredi 11 mai 2005 | | « Le management par la marque » |
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| jeudi 20 novembre 2003  Lire | | « Marque et Développement Durable » |
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| mardi 14 octobre 2003  Lire | | « Lancement du Livre des Grandes Marques » |
| mardi 17 juin 2003  Lire | « "marque collective, marque d'entreprise, soeurs ennemies ?" Quel est, aujourd'hui, la fonction et le rôle de la marque collective » |
| mercredi 23 avril  Lire | | « La marque, entre anthropologie et théologie » |
| 12 mars 2003  Lire | | « Comment valoriser le patrimoine de l'entreprise au service de la marque » |
| 23 janvier 2003  Lire | | « Luxe et Prestige » |
| Décembre 2002  Lire | « Les marques éponymes Quelles sont les racines de leur longévité ? Quelles sont les clefs de leur modernité ? » |
| Novembre 2002  Lire | | « Les règles de l'étiquetage des denrées alimentaires » |
| Octobre 2002  Lire | | « Comment connaître le coût de la Propriété Industrielle en marques et noms de domaines dans le monde ? » |
| Avril 2002  Lire | | « Quel avenir pour les marques régionales ? » |
| Mars 2002  Lire | | « Comment le logo peut-il exprimer l'identité de la marque ? » |
| janvier 2002  Lire | | « Le luxe, quel territoire ? » |
| Décembre 2002  Lire | | « Comment relancer des marques 'mortes' ? » |
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