Club des Partenaires de la Marque

Petit Déjeuner du : jeudi 20 novembre 2003
avec pour thème : Marque et Développement Durable
Invité : Sabrina Charvet, directeur général Concept (Thompson Corp.) et Eric-Marie Boullet, directeur des relations extérieures Nestlé France
Introduction :


                Lorsque l’on parle de développement durable, on aborde souvent les thèmes de croissance durable, développement désirable, consommation durable. Pour revenir à une définition, le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs. Dans le développement durable, il y a beaucoup d’enjeux : enjeu économique, enjeu social, enjeu environnemental et enjeu politique.

Le développement durable est-il un effet de mode ? De quoi parle t-on lorsque l’on aborde le sujet du développement durable ? Comment et jusqu’où l’entreprise doit-elle s’engager en matière de développement durable ? Quels sont les rapports entre marques et développement durable ?

Les enjeux du développement durable et de la marque.

L’opinion publique prend de plus en plus au sérieux le développement durable. Il n’est pas un effet de mode, mais bien un mouvement de fond. Désormais, l’entreprise ne peut plus ignorer l’éthique sociale, la protection de l’environnement, le commerce équitable. Les législations, les réglementations, les normalisations se renforcent. Les dirigeants craignent pour leur responsabilité personnelle. La pression des ONG et des associations de consommateurs est croissante. Les actionnaires deviennent sensibles aux fonds éthiques et aux agences de notation. Conclusion : les entreprises n’ont plus le choix et sont sous haute surveillance.

Le développement durable est un mouvement de fond. Cependant, les confusions sont nombreuses. On en relève quatre niveaux.

Tout d’abord des confusions sémantiques. On mélange tout et n’importe quoi : l’entreprise citoyenne, l’entreprise éthique, l’entreprise engagée dans le développement durable, la transparence, la responsabilité sociale.
Le deuxième niveau est la compréhension du concept lui même.

La troisième confusion concerne le champ de responsabilité. Est-ce celui des gouvernements ? des entreprises multinationales ? des individus ?

Le dernier niveau de confusion a un lien avec l’utilisation réelle du développement durable. Certaines entreprises sont très avancées en la matière, d’autres beaucoup moins, mais n’hésitent pas à l’étaler jusque dans leurs campagnes de publicité.

Le développement durable est une mission nécessitant un besoin d’information. C’est avant tout une science politique. Le problème majeur des entreprises est le risque démagogique : la gadgetisation, l’opportunisme, les effets paillettes, etc...

On observe quatre grands types de comportements des entreprises face au développement durable : les professionnels par métier (ils n’ont pas attendu le développement durable pour mettre en place le principe de précaution vu le niveau de risque que comporte leurs activités), les militants par conviction (Body Shop, Nature & Découverte), les défensifs par mise en cause ( Nike et le travail des enfants) et les opportunistes ou attentistes qui profitent du développement durable pour s’enrichir.

Quelle est la clé de l’engagement de l’entreprise dans le développement durable ? La réponse tient en un seul mot : la légitimité. Le développement durable ne se décrète pas. Il trouve sa source dans l’histoire, dans la culture, l’identité, les valeurs et les métiers de l’entreprise. Il est porté par la volonté du dirigeant.

L’entreprise va poursuivre la recherche d’un équilibre entre trois niveaux de performance : la performance économique pour assurer une croissance rentable, la performance sociale et sociétale  (conditions de travail, intégration dans un territoire, dialogue social) et la performance environnementale ( respect, impact).

Le développement durable ne se claironne pas. Les conditions préalables et indispensables à toute communication externe du développement durable sont des actes symboliques et réels forts, des preuves tangibles et une réalité interne (joindre les actes à la parole).

La marque et le développement durable peuvent-ils faire bon ménage ?
 
La marque est contrainte d’assurer une large responsabilité, en partie substitutive à la bienveillance des grandes institutions. La marque se préoccupe de séduire et de convaincre. La fonction de la marque est de créer de la valorisation, de la différenciation pour être choisie ou préférée. Son rôle est de porter du rêve, du désir par des valeurs souvent immatérielles ( imaginaires, émotionnelles ou virtuelles).

Ces attributs sont très compatibles avec les notions du développement durable qui sont celles de l’éthique, de la responsabilité et de la durée.
Dans l’acte d’achat du consommateur, on observe des contradictions entre le désir et la raison, l’impulsion et le long terme, l’orgie et la réflexion. Le consommateur devient donc ambivalent. Il veut connaître la politique de l’entreprise en matière de responsabilité sociale. Il veut mettre de l’éthique dans sa consommation.

De l’autre côté, le consommateur attend de la marque qu’elle fasse son travail. Il attend du produit qu’il soit satisfaisant. C’est pour cela qu’on peut en partie expliquer le décollage difficile du commerce équitable en France.

Il faut laisser sa marque jouer son rôle, mais aussi lui permettre de s’ouvrir vers de nouveaux horizons. En revanche, il n’est pas question de faire de la marque un clone de la respectabilité de l’entreprise. Cependant, le développement durable peut changer la donne et créer l’opportunité de charger encore plus les marques de valeurs, de sens et de créativité. La marque porte grâce à la communication corporate ce supplément d’âme et de bonne conscience tant attendu.

Nous savons tous qu’aujourd’hui, il y a une crise entre la marque et les clients. La marque est devenue vulnérable et doit répondre au besoin de transparence et de cohérence. Elle doit donner des preuves au delà de l’image.

Peut être est-on en train de passer de la marque souveraine à la marque sensible ?

Nestlé et le développement durable.

Chez Nestlé, il n’y a pas de directeur du développement durable. Tous les collaborateurs de Nestlé ont pour mission de développer durablement leurs marques ( Nestlé, Nescafé, Nestea, Buitoni, Maggi, Purina ). La moyenne d’âge de ces six marques est de 110 ans. La plus jeune, Nestea, a 50 ans, et la plus vielle, Buitoni, 187 ans. Ce n’est parce que ces marques sont anciennes qu’elles ne sont pas vulnérables.

Au delà du développement durable de la marque, il faut se préoccuper de se qui ce passe autour pour les faire durer. Nestlé prend donc soin de faire appliquer le principe de conduite des affaires du Groupe Nestlé à l’ensemble des 250 000 collaborateurs, mais aussi aux partenaires de la marque (agences de com et de pub, etc...). Cette charte doit être respectée par l’ensemble des personnes travaillant avec Nestlé. On ne peut pas faire tout et n’importe quoi avec les marques de Nestlé.

En ce qui concerne le développement durable, trois piliers sont nécessaires pour transmettre aux générations futures un bien dans de bonnes conditions.

On ne peut pas distraire une marque de notre environnement. Dans l’industrie alimentaire, la première des matières premières est l’environnement. Si on cultive des produits dans un environnement dégradé, automatiquement, on aura un produit final détérioré. « Garbage in, garbage out ». La protection et le développement de l’environnement est la première des priorités de Nestlé pour sortir un bon produit. Sans cela, la marque ne peut pas durer.

L’environnement des usines Nestlé est donc protégé. Prenons l’exemple de Vittel. Une société d’exploitation agricole et de protection de l’environnement Agrivert a été créée dans la région de Vittel dont le but est d’empêcher l’utilisation des engrais chimiques et des pesticides autour de la zone de Vittel. Une prime est accordée aux agriculteurs favorables à cette politique. Les terres des récalcitrants sont rachetées par Nestlé pour les protéger. Nestlé y cultive alors les produits dont ila société a besoin.

Le deuxième pilier important du développement durable est le domaine du social et du sociétal. La première des responsabilités de Nestlé est vis-à-vis de ses salariés et de leur famille. Nestlé rémunère ses salariés au minimum à la moyenne locale. Un autre de ses devoirs est la formation, que ce soit au siège social en Suisse ou dans les usines à travers le monde. Nestlé a aussi un devoir de développement des communautés des pays dans lesquels la société s’implante. On reste dans l’ancienne logique gagnant-gagnant.

 A côté des usines au Brésil, en Indonésie et au Nigéria, Nestlé a installé des centres de formation d’apprentis, d’ouvriers et d’aide au management pour améliorer les compétences des salariés. Le personnel formé va ainsi rester fidèle à son entreprise. Cela permet aussi d’augmenter la consommation, en élevant le niveau de vie. C’est un investissement et non une charge, fait pour Nestlé et pour la collectivité. Il est hors de question d’enfermer les usines derrière des « barbelés ».

Le 3e fondement du développement durable est le pilier économique. Nestlé doit à ses actionnaires un retour sur investissement, stable sur la durée et le long terme. Les fermetures d’usines et les plans de restructurations sont réalisés dans l’intérêt du développement durable de l’entreprise.

Développement durable et marques font-ils bon ménage ? Là aussi, c’est une relation win-win. Les marques ont tout à gagner à s’engager dans le développement durable. Les fondements de la marque sont les mêmes que ceux du développement durable. Bien sûr, il y a des risques avec une communication un peu flottante et des opportunistes (ex. ENRON qui a obtenu un prix pour son engagement dans la responsabilité sociale de l’entreprise).

Liste des déjeuners

Jeudi 14 mai 2009
« Le packaging, une âme de construction massive. »

Jeudi 9 avril 2009  Lire
« Les valeurs : effet de mode ou ressource durable ? »

Mardi 17 mars 2009
« Les marques et la crise »

Jeudi 12 Février 2009
« Design et design de communication: la différence, c'est la marque ! »

Mardi 9 décembre 2008
« Marques/Consommateurs : l'heure de vérité »

Mercredi 15 octobre 2008
« Banania...ou les ressorts d’une marque patrimoniale et emblématique »

Mercredi 17 septembre 2008
« Le désir de santé : nouvelle aspiration des consommateurs, nouveau défi pour les entreprises. »

mardi 8 juillet 2008
« Michel Et Augustin, « les trublions du goût » : comment construire une marque ? »

jeudi 29 mai 2008
« Cadum, la renaissance d'une marque patrimoniale. »

mardi 8 avril 2008
« Coca-Cola, la marque aux six sens ! »

mardi 12 février 2008
« Mardi 12 février 2008 - Leffe 2005-2007 ou comment accélérer la croissance volume d’une marque installée depuis 20 ans, sur un marché en déclin, tout en respectant sa singularité ? »

mardi 8 janvier 2008
« Comment détecter les tendances et les attentes émergeantes au service de l’innovation ? »

mardi 13 novembre 2007
« Le Web 2.0 : menaces ou opportunités pour les marques ? - mardi 13 novembre 2007 »

mercredi 5 septembre 2007
« Prochain RDV le 5 septembre 2007 : Reflets de France, dix ans de succès, avec Alain Fretellière, directeur Reflets de France et relations PME »

mercredi 20 juin 2007
« Quand les marques grand-public ont rendez-vous avec la santé, le 20 juin 2007 avec Eric Phélippeau »

mercredi 23 mai 2007  Lire
« Placement de marques au cinéma et dans d'autres vecteurs culturels, le 23 mai 2007, avec Jean-Marc Lehu »

jeudi 26 avril 2007  Lire
« Marque et religion le jeudi 26 avril 2007 avec Benoît Heilbrunn »

mercredi 28 mars 2007  Lire
« L’Intelligence Economique au service de l’entreprise et de ses marques… Anticiper, innover, agir… Stimulez la performance de vos marques par l’Intelligence Economique »

mercredi 14 février 2007  Lire
« L’Intelligence Economique au service de l’entreprise et de ses marques... Anticiper, innover, agir... Stimulez la performance de vos marques par l'Intelligence économique »

jeudi 25 janvier 2007
« Génération Participation : de la société de consommation à la société de participation »

mercredi 13 décembre 2006  Lire
« Le cas Findus, le renouveau d’une marque »

mercredi 15 novembre 2006  Lire
« La Conception Assistée par COllaborateurs & COnsommateurs »

mardi 17 octobre 2006  Lire
« Vers un new deal créatif? »

mercredi 14 juin 2006  Lire
« L'innovation : "Comment accélérer l'innovation business" et "L'imaginaire au service de l'innovation" »

mercredi 17 mai 2006  Lire
« Organisation et protection de l'identité d'une grande société sur l'Internet »

mercredi 29 mars 2006  Lire
« Les marques ont-elles encore un avenir à l'ère digitale? »

jeudi 23 février 2006  Lire
« L'approche prospective de la marque et du commerce. Comment l'évolution rapide du consommateur influe sur la marque et le commerce? »

mardi 24 janvier 2006  Lire
« le Low Cost à la française »

mercredi 7 décembre 2005  Lire
« Les marques nationales : quelles stratégies face aux marques distributeurs et premiers prix? »

jeudi 3 novembre 2005  Lire
« Les marques, représentant des actifs essentiels, ont-elles leur juste place dans les comptes des entreprises? Les techniques actuelles de création de valeur sont-elles efficaces? »

jeudi 6 octobre 2005  Lire
« Comment construire son offre en magasin : les différents arbitrages »

jeudi 7 juillet 2005  Lire
« Le luxe : nouveaux codes, nouvelles attitudes »

mercredi 22 juin 2005  Lire
« Marque et packaging en Chine : comment se développer et se protéger? »

mercredi 11 mai 2005
« Le management par la marque »

jeudi 7 avril 2005
« Les 10 ans du Club des Partenaires de la Marque »

jeudi 17 février 2005
« Les entreprises françaises et la marque communautaire. De la jeunesse à l’élargissement »

jeudi 16 décembre 2004
« Marchés de PGC en chute, marchés déprimés ? »

mercredi 17 novembre 2004  Lire
« Hyperconsommateurs et alterconsommateurs, feu de paille ou tendance lourde ? »

mercredi 13 octobre 2004
« Marque et identité sonore : la marque communique aussi par la musique »

mardi 14 septembre 2004  Lire
« Vive les 11-25 ans »

mardi 8 juin 2004
« Marque et presse, le cas Playboy qui fête ses 50 ans »

mardi 18 mai 2004
« Le palmarès Ipsos de la pub 2003: Promouvoir le produit avant la marque ? »

vendredi 02 Avril  Lire
« Les marques distributeurs ne sont-elles que des copies ? »

mercredi 25 février  Lire
« Les marques, mythologies du quotidien. Comprendre le succès des grandes marques »

jeudi 20 novembre 2003  Lire
« Marque et Développement Durable »

jeudi 23 octobre 2003  Lire
« La Globalisation est-elle au service de la marque ? »

mardi 14 octobre 2003  Lire
« Lancement du Livre des Grandes Marques »

mardi 17 juin 2003  Lire
« "marque collective, marque d'entreprise, soeurs ennemies ?"
Quel est, aujourd'hui, la fonction et le rôle de la marque collective  »

mercredi 23 avril  Lire
« La marque, entre anthropologie et théologie »

12 mars 2003  Lire
« Comment valoriser le patrimoine de l'entreprise au service de la marque »

23 janvier 2003  Lire
« Luxe et Prestige »

Décembre 2002  Lire
« Les marques éponymes
Quelles sont les racines de leur longévité ? Quelles sont les clefs de leur modernité ? »

Novembre 2002  Lire
« Les règles de l'étiquetage des denrées alimentaires »

Octobre 2002  Lire
« Comment connaître le coût de la Propriété Industrielle en marques et noms de domaines dans le monde ?  »

Avril 2002  Lire
« Quel avenir pour les marques régionales ?  »

Mars 2002  Lire
« Comment le logo peut-il exprimer l'identité de la marque ?  »

janvier 2002  Lire
« Le luxe, quel territoire ?  »

Décembre 2002  Lire
« Comment relancer des marques 'mortes' ? »