L’Europe et l’innovation, points de passage obligés Bulletin de l'Ilec n°346 - sept03
Depuis longtemps devenue une puissance moyenne, la France ne doit pas pour autant céder aux sirènes du déclin. L’Europe lui donne la possibilité de mieux maîtriser son destin. A condition de favoriser la culture de l’innovation et du risque.
Entretien avec Christian de Boissieu, directeur du Centre d’observation économique (COE), président délégué du Conseil d’analyse économique et professeur à Paris-sI.
Partagez-vous la thèse du déclin français ? Christian de Boissieu : Le discours actuel, plutôt catastrophiste, m’indispose. Certes, la France a de très sérieux défis à relever, mais le thème du déclin semble forcer le trait. Soit il est mobilisateur, et nous devons tout faire pour favoriser le rebond, soit – et c’est plutôt le cas – il démobilise les acteurs. Or le contexte actuel français n’autorise pas cette alternative. La grande fragilité sociale et la montée des contestations passant par des voies non parlementaires, et de ce fait plus difficiles à maîtriser, incitent à la prudence. Le thème du déclin peut servir à accentuer le refus dans des valeurs très individuelles et le repli sur soi.
Quels sont les mythes et les réalités de ce déclin ? C. de B. : La France est, depuis longtemps, un pays intermédiaire sur différents plans, excepté sa culture. Si l’on s’en tient au poids économique et à l’influence financière et monétaire (avant l’euro), la France a perdu son rang de très grande puissance de manière progressive et nous avons quelques difficultés à accepter cette situation. Il reste que notre pays demeure une grande puissance culturelle, et ce pas seulement à travers la francophonie : littérature, cinéma et arts représentent une part de marché plus importante que notre économie. Ce qui justifie le débat autour de l’exception culturelle dans les négociations commerciales internationales.
Quelle est l’analyse du Conseil d’analyse économique dont vous êtes le président délégué ? C. de B. : Le rapport sur la compétitivité de la France, réalisé par Michèle Debonneuil et Lionel Fontagné, débouche sur un diagnostic nuancé. Si l’on s’en tient au critère des investissements directs étrangers – qui n’est pas le seul critère de mesure de l’attractivité –, la France figure dans le peloton de tête des destinations. Elle est donc toujours attractive mais son solde négatif se dégrade, ce qui ne doit pas nous laisser indifférents. Ce rapport souligne un certain nombre de défis à relever, au nombre desquels figure le faible niveau de notre taux d’activité, en particulier du côté des plus de cinquante-cinq ans et des moins de vingt-cinq. Si la France affiche de bonnes performances en termes de productivité, en revanche elle perd du terrain sur le taux d’emploi. Le deuxième défi à relever porte sur le débat localisation/délocalisation et sur la fiscalité. Le rapport pointe du doigt le taux de l’impôt sur les sociétés, jugé trop élevé, et préconise de définir, comme nos partenaires européens, un statut fiscal pour les « impatriés » différent du droit commun afin d’attirer des emplois qualifiés. Troisième défi : les réformes de structure. Il faut, ici, saluer ce qui a été fait pour les retraites, mais d’autres chantiers attendent, tel celui de l’assurance maladie. L’Allemagne, confrontée au même problème, a réussi à sortir de l’ornière grâce à ce que j’appelle volontier, un « pacte de convivialité » entre la majorité et l’opposition. Une telle alliance, est pour l’instant, impensable en France, où, sur fond de montée des extrémismes de droite et de gauche, le consensus politique ne peut se dégager ni sur le diagnostic, ni sur la thérapie. Quatrième et principal défi : le chômage de masse est la première cause de notre fragilité sociale et le principal frein aux réformes de structure et en même temps la principale justification de celles-ci. On peut difficilement ouvrir les dossiers brûlants avec un taux de chômage qui augmente.
Quels sont les déterminants de la localisation et sur quels avantages comparatifs miser ? C.de B. : La décision de localisation ou de délocalisation des entreprises dépend de multiples facteurs – débouchés, croissance anticipée, fiscalité, qualité du capital humain, salaires corrigés de la productivité du travail, infrastructures collectives, taux de change… – et de leur pondération. Les choix varient d’un secteur à l’autre, et d’une entreprise à l’autre. C’est la raison pour laquelle il n’y a pas de recette miracle et que la grille d’analyse relève à la fois de la micro-économie et de la macro-économie. Au nombre de ses atouts, la France dispose d’un système éducatif de qualité. La refonte de la loi de 1971 sur la formation professionnelle va dans le bon sens, car les nouvelles technologies ne doivent pas être à l’origine d’une nouvelle fracture entre les générations. Autre atout, qui est lié aux prélèvements obligatoires élevés : la qualité de nos services collectifs et de nos infrastructures. Il demeure que cette qualité pourrait, à mon avis, être identique avec des ratios de dépenses publiques plus bas. Nous avons, dans ce domaine, des réserves de productivité. L’efficacité de nos services publics est aujourd’hui une question centrale quand on aborde les enjeux de compétitivité.
Votre ouvrage Les Entreprises françaises 2003 (1) tranche avec le discours pessimiste, puisqu’il fait état d’une amélioration de l’image des entreprises françaises. La France n’accuse-t-elle pas cependant un retard dans le domaine technologique, particulièrement s’agissant des TIC (techniques de l’information et de la communication ) ? C. de B. : Depuis 1990, le Centre d’observation économique réalise chaque année une enquête auprès des importateurs de six pays européens sur l’image compétitive des produits importés, en termes de prix et de critères hors prix. Les produits considérés dans l’enquête sont regroupés en quatre secteurs : habillement et accessoires, équipement du logement, hygiène-beauté et agroalimentaire. Il ressort que, en 2002, 98 % des importateurs européens accordent de l’importance à la qualité du produit, alors que seulement 91 % en accordent au prix. L’image, ou compétitivité hors prix, des produits français à l’étranger ou auprès des importateurs fait effectivement apparaître une très nette amélioration. La France a fait des progrès depuis quelques années, aussi bien dans le domaine de la politique commerciale que dans ceux de l’apprentissage des langues ou des délais de livraison. En revanche, le contenu en innovation technique des produits recueille une image moins favorable.
Convient-il de privilégier la culture de l’innovation et de la création d’entreprise ? C. de B. : L’innovation est la clé de la croissance, et le sera particulièrement dans les prochaines années. En termes de recherche et développement, nos dépenses représentent 2,1 % du PIB, loin des objectifs de 3 % fixés lorsque fut élaboré l’agenda de Lisbonne, en 2000. Dans un cadre il est vrai rigide, fixé par le pacte de stabilité, nous devons mieux valoriser la recherche en tant que telle, mais aussi le métier des chercheurs, souvent attirés vers d’autres contrées plus accueillantes. Les programmes transeuropéens peuvent contourner cet écueil. La création d’entreprise participe également du rebond français. Aussi faut-il saluer la récente loi d’initiative économique de Renaud Dutreil, qui vise à améliorer l’image de l’entreprise en France. Reste à concrétiser les fonds d’investissement de proximité, incontournables pour favoriser la création d’entreprise afin que l’épargne locale puisse être utile localement. La question centrale est la suivante : qui va assurer le financement ? La France, à la différence des Etats-Unis, vit mal la natalité des entreprises, car elle n’accepte pas leur mortalité. Celui qui fait faillite est voué aux gémonies…
Une Europe parfaitement intégrée améliorerait-elle l’attractivité de la France ? C. de B. : La France peut reprendre de la vigueur grâce à l’Europe, qui permet de poser différemment la question des rapports de force. Contrairement à certaines visions, faire l’Europe, ce n’est pas défaire la France, ni réduire sa souveraineté. N’oublions pas que, avant l’euro, la souveraineté de la France était très réduite dans le cadre du système monétaire européen (SME), la Bundesbank décidant alors, de fait, largement la politique de la zone. L’euro permet à la France de retrouver une influence perdue ; elle lui évite les vieux réflexes de dévaluation et de contrôle des changes, solutions de court terme. A contrario, l’ampleur des déficits américains risque, dans les prochains mois, d’améliorer le taux de change de l’euro face au dollar, et de poser des problèmes de compétitivité à certaines de nos entreprises.
Quelles sont les limites de l’attractivité en termes d’indépendance nationale ? C.de B. : Les entreprises multinationales font naître plus d’avantages que d’inconvénients. La capitalisation boursière de la place de Paris est, certes, à 40 %, aux mains de capitaux étrangers, mais cela correspond à des fonds propres qui manqueraient cruellement aux entreprises si nous étions plus protectionnistes. C’est aussi, un peu la contrepartie de l’absence de fonds de pensions « à la française ».
(1) Les Entreprises françaises 2003, sous la direction de Christian de Boissieu, COE et Economica, 228 pages.
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Pour un marketing de confiance
Au premier rang européen pour le nombre d’implantations industrielles, et au deuxième pour les implantations tertiaires, la France est-elle pour autant suffisamment attrayante pour des investissements qui lui permettent de répondre de manière pertinente aux défis de la concurrence ? Le tableau est contrasté.
Entretien avec Marc Lhermitte, associé chez Ernst & Young Entrepreneurs Conseil.
Depuis quand le concept d’attractivité est-il au cœur des débats politiques et économiques ? La France de Napoléon III s’ouvrant au libreéchange ou celle des Trente Glorieuses ne se devait-elle pas d’être également « attractive » ? Marc Lhermitte : A l’époque des Trente Glorieuses encore, la plupart des pays développés, y compris les Etats-Unis, étaient protectionnistes. Jusqu’à la fin des années 1980, quels que soient les tendances politiques et les modèles économiques, la France, souhaitant protéger ses fleurons industriels, n’ouvrait pas facilement ses frontières aux investisseurs internationaux. Notre économie n’avait donc pas besoin d’être « attractive ». Le mot était d’ailleurs absent aussi bien du vocabulaire que de la pratique des affaires. Au reste, cette vision défensive était partagée par les autres pays européens.
D’où provient la rupture ? M. L. : C’est dans le courant des années 1980 que certains pays, dont l’Irlande, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, ont opéré un virage à cent quatre-vingts degrés de leur politique économique en accueillant, de manière délibérée et dynamique, les investisseurs internationaux. Confrontée à une très grave crise - le taux de chômage dépassait 20 % -, l’Irlande a transformé son économie alors très rurale, pour encourager les investissements étrangers, majoritairement américains, et prendre, grâce à Apple ou à Intel, entreprises alors peu ou pas connues, le chemin de la croissance lié aux nouvelles technologies. La construction européenne a progressivement poussé les autres pays, dont la France, à mieux appréhender les enjeux de la concurrence et du libre-échange. Pour accompagner les mutations industrielles et lutter contre la montée du chômage, l’attraction des investisseurs internationaux, créateurs d’emplois, devenait une priorité. Aussi, instruite des succès économiques remportés en Irlande et au Royaume-Uni, la France a progressivement supprimé la plupart de ses carcans administratifs, ouvrant ainsi ses portes aux investisseurs internationaux. Dans le même temps, la quête de la taille critique, la standardisation mondiale des produits et des services, et la recherche d’économies d’échelle ont conduit les grandes entreprises françaises à investir en dehors de l’Hexagone, marché devenu trop étroit. Le concept d’attractivité ou de concurrence du territoire d’accueil des investissements est donc devenu incontournable. Mais les enjeux ne sont pas partout les mêmes. Ainsi, le Japon, peu touché par le chômage, n’accueille que 3 % des investissements étrangers, alors qu’en France un euro de PIB sur deux provient, directement ou indirectement, des investisseurs internationaux. La France, en tant que marché domestique et plate-forme de déploiement sur le marché européen, est naturellement attractive.
Selon les modélisations et les critères retenus, les conclusions divergent sensiblement sur l’attrait de la France. Certains estiment qu’elle est sur la voie du déclin, d’autres la jugent bien placée. M. L. : Ne nous berçons pas d’illusions. Certains aspects de l’économie française paraissent intangibles : on ne passera pas rapidement d’une économie très fiscalisée à une économie ouverte, libérale, un modèle plus anglo-saxon. Les « contraintes » françaises, historiques, alimentent le discours des pessimistes. On peut néanmoins mettre en avant trois grands facteurs d’attractivité du « site France ». Le premier tient à nos atouts technologiques, qui peuvent être valorisés par des programmes de recherche et des investissements, et orienter les secteurs de l’économie sur les créneaux de demain, comme les biotechnologies, les télécommunications et l’aéronautique. Le deuxième atout est la possibilité de faire de certaines régions des puissances économiques par la construction de filières industrielles ou technologiques qui, par capillarité, peuvent attirer des donneurs d’ordres majeurs et des prestataires. Citons l’agglomération lyonnaise, devenue place forte dans le domaine des jeux vidéo, avec la présence des numéros un et deux mondiaux, la partie sud de l’Ile-de-France et son pôle biotechnologique ou bien, Toulouse et l’aéronautique. Enfin, les choix de localisation se font sur des paramètres techniques, financiers, mais aussi selon des critères subjectifs qui ne se mesurent pas, comme la confiance qui conditionne la durée de l’investissement et garantit la pérennité des décisions. Nous devons donc développer un marketing de la confiance et de la qualité - celle de l’environnement, des infrastructures ou des ressources humaines par exemple -, et gérer la France comme on gère une marque, en affichant de manière plus lisible son rapport qualité/prix. Aujourd’hui, son image n’est pas toujours conforme à la réalité.
Depuis quand le cabinet Ernst & Young édite-t-il un « baromètre » sur « l’attractivité du site France », et comment est-il élaboré ? M. L. : Si nous accompagnons depuis toujours les entreprises dans leurs choix de localisation, c’est en juin 2002 que nous avons publié la première édition du baromètre Attractivité du site France. Voulant se démarquer de certains rapports et enquêtes qui mélangent souvent les concepts de productivité, de compétitivité et d’attractivité, Ernst & Young a souhaité orienter le débat sur l’implantation des entreprises et sur la capacité des territoires à les attirer, en faisant le tri entre les flux financiers, les flux créateurs d’emplois et les flux d’acquisition.
Le baromètre propose trois types d’indicateurs. Le premier, de nature quantitative, mesure la performance des pays européens et leur capacité à attirer les implantations. Il en découle une « part de marché » par pays. Nous proposons ensuite des indicateurs qualitatifs de performance par rapport aux attentes des entreprises. Les attentes ne sont pas les mêmes selon les types d’implantation, et elles évoluent dans le temps. Pensons par exemple à la place des salariés dans l’entreprise, au choix de la formation et à l’importance des ressources humaines. Les indicateurs ne sont pas les mêmes selon qu’il s’agit d’un centre de recherche ou d’une unité d’assemblage automobile. Nous réalisons une enquête auprès de deux cents dirigeants d’entreprises internationales de toutes tailles (1) à qui trois questions sont posées : comment faites-vous vos choix, comment classez-vous les pays dans le champ concurrentiel européen et comment mesurez-vous l’attractivité de la France ? Enfin, troisième série : quelles sont vos intentions pour l’avenir et avez-vous confiance dans l’évolution du site France ?
Quels sont les enseignements du Baromètre 2003 ? M. L. : Concernant les performances comparées des pays européens, le baromètre 2003 souligne, pour la deuxième année consécutive, une baisse du nombre des implantations internationales en Europe, avec 1 895 opérations en 2002, au lieu de 1 974 en 2001, diminution qui induit une chute de 29 % des emplois créés ou sauvegardés par les investisseurs directs internationaux. Si le Royaume-Uni et la France ne sont pas épargnés (moins 5 %), ils demeurent néanmoins en tête des pays européens et accueillent respectivement 19 % et 13 % des implantations internationales. Conséquence de l’élargissement de l’Union européenne vers l’est, les pays d’Europe centrale et orientale confirment leur attractivité avec une progression de 21 %, quand l’Allemagne, l’Espagne, le Benelux et l’Irlande apparaissent comme les perdants de la redistribution des cartes.
Comment évolue l’attractivité du site France ? M. L. : Le baromètre constate le maintien de ses handicaps historiques, aux premiers rangs desquels les charges fiscales, les coûts salariaux et la non-flexibilité du droit du travail. Cependant, alors que le Royaume-Uni, l’Allemagne et le Benelux enregistrent une diminution importante des montants investis, la France maintient sa position, avec 52,6 milliards de dollars en 2001. Reste que, si l’on tient compte de son poids économique réel, la France ne réalise pas une bonne performance. Elle n’a toujours qu’une attractivité médiocre à en juger par le nombre d’implantations par rapport au PIB : 0,19, contre 1,92 pour la Hongrie, 1,75 pour la République tchèque et 0,26 pour le Royaume-Uni. Parallèlement, l’image du site France et la confiance des dirigeants à son égard s’améliorent, notamment en ce qui concerne le climat social et l’environnement administratif. La France demeure un site potentiel pour une entreprise sur deux. Reste que deux tiers des dirigeants demeurent prudents quant à l’attractivité du site France dans une perspective de trois ans. Sous l’angle des fonctions économiques, la France est très attractive pour les implantations logistiques, entrepôts et plates-formes de distribution. En revanche, sa performance est très faible pour les sièges sociaux et les centres de recherche.
Ne serait-elle donc qu’un site de passage ou de transit ? M. L. : Il est vrai que les implantations de type entrepôt ou plate-forme logistique sont moins créatrices de valeur ajoutée et sont davantage sujettes à la délocalisation, mais elles constituent un gisement important en termes d’emploi. La France est au premier rang en Europe pour les implantations industrielles et au deuxième pour les implantations tertiaires (centres d’appel, bureaux commerciaux). Il demeure que se pose la question de la capacité de la France à être un territoire d’implantation de centres de décision (sièges sociaux, centres de recherche, centres de pilotage de grands projets). En ce domaine, la France fait pâle figure face à l’Angleterre, alors que, au vu de leur économie, les deux pays devraient faire jeu égal. De l’implantation du centre de décision dépend en grande partie l’attachement actuel et futur d’une entreprise à un territoire.
La France est-elle prête au rebond et comment ? M. L. : Elle le sera si elle améliore son rang dans le domaine des centres de décision et si elle fait les bons choix dans les activités de demain, créatrices de valeur et d’emplois. Le message des dirigeants internationaux à la France est, en 2003, identique à celui de 2002 : « poursuivez vos efforts d’allègement et de simplification ».
Le Baromètre distingue trois types de critères : > les critères qualifiants, liés à la réalisation de l’activité de l’entreprise et de son chiffre d’affaires : la proximité d’un marché, la facilité d’accès du site et la qualité des infrastructures de transport et de logistique ; > les critères discriminants, liés à la vie financière de l’entreprise et à la gestion optimale de son chiffre d’affaires : une maîtrise des coûts du travail, un Etat discret et prévisible, une souplesse de l’encadrement administratif de l’activité, l’accès un un bassin d’emplois doté d’une main-d’œuvre qualifiée ; > les critères différenciants, portant sur les conditions de vie et les avantages du personnel qualifié. L’échantillon compte 28 % d’entreprises françaises, 36 % d’entreprises européennes, 28 % d’entreprises américaines et 8 % de sociétés originaires du reste du monde. Les entreprises firmes se répartissent en treize secteurs d’activité représentant tous les niveaux d’internationalisation.
(1) L’échantillon compte 28 % d’entreprises françaises, 36 % d’entreprises européennes, 28 % d’entreprises américaines et 8 % pour le reste du monde. Les entreprises interrogées se répartissent en 13 secteurs d’activité représentant tous les niveaux d’internationalisation.
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Du bon usage des indicateurs Ni dénigrement ni aveuglement. L’avis du Conseil économique et social (CES) Renforcer l’attractivité de l’économie française au service de la croissance et de l’emploi, se veut équilibré et lucide, sans être doloriste.
Entretien avec Henri de Benoist, rapporteur de l’avis du Conseil économique et social. (1)
Depuis les rapports Charzat, Lavenir et Dassault, et sans remonter au Mal français d’Alain Peyrefitte, la France a trouvé un autre thème pour battre sa oulpe, incapable qu’elle serait, selon certains, de tenir son rang de grande puissance industrielle. L’avis du Conseil économique et social, Renforcer l’attractivité de l’économie français partage-t-il ce pessimisme ? Hervé de Benoist : De fait, des appréciations sensiblement divergentes sont régulièrement émises depuis plusieurs années sur la capacité de la France à conserver, sur son territoire, les entreprises qui y sont installées ou à attirer les investisseurs étrangers pour qu’ils contribuent à la croissance et à l’emploi. C’est dans le contexte de ces interrogations récurrentes que le Premier ministre a saisi le Conseil économique et social en juin 2002, pour lui demander de dégager des orientations et des propositions convergentes permettant d’améliorer l’attractivité de l’économie française. La situation de notre pays, du point de vue de l’attractivité, paraît certes contrastée, mais elle demeure, contrairement à certaines idées reçues, globalement favorable.
Comment mesurer l’attractivité d’une économie ? Le rapport souligne que « le dispositif statistique manque aujourd’hui singulièrement de précision pour analyser de manière fine la nature des investissements directs ». Il propose de mettre en place des indicateurs plus objectifs et pertinents sur le long terme. H. de B. : Les statistiques sur les investissements étrangers directs dans le monde font avant tout état des transferts de propriété. Elles ne permettent pas d’avoir une idée précise sur la création d’activités et sur les nouveaux emplois. Le Conseil économique et social recommande de faire apparaître les désinvestissements et de distinguer les créations d’activités (avec les créations d’emplois) des prises de participation dans le capital d’entreprises déjà existantes. Il recommande de confier la construction d’une batterie d’indicateurs à des administrations et à des organismes reconnus. Sur la base de l’évaluation de nos forces et des nos faiblesses, des rencontres périodiques devraient être organisées entre l’Etat, les partenaires sociaux, les experts et les élus, pour prendre acte des résultats obtenus et envisager les mesures nécessaires pour étayer les progrès réalisés et pallier les insuffisances. L’attractivité d’une économie est une question très relative. Il n’existe pas de critères absolus permettant de définir un seuil à partir duquel tel pays ou telle région pourrait être considéré comme attractif pour les investissements étrangers. Les motivations et les modalités de l’internationalisation des entreprises sont très variées : certaines activités recherchent les coûts les plus bas, quand d’autres sont d’abord en quête d’une main d’œuvre hautement qualifiée. Aussi, définir une stratégie en matière d’attractivité de l’économie française n’a de sens que si elle est mise au service de la croissance, de la création d’emplois et d’un modèle social qui place le bien-être des femmes et des hommes au cœur du développement économique. Le défi de l’attractivité de l’économie française se situe à un double niveau : contribuer à maintenir le rang de l’Europe vis-à-vis des autres régions développées du globe, et ne pas se laisser décrocher au sein de la zone euro.
Quelles sont, selon le Conseil économique et social, les forces et les faiblesses de la France ? H.de B. : Au nombre des nos faiblesses, les nombreuses auditions ont mis en relief la taille excessive du secteur public, le niveau trop élevé de la réglementation, de la protection de l’emploi et de la fiscalité. La France est mal placée pour les fonctions administratives et comptables, les centres d’appel et les sièges sociaux. Mais notre pays possède des atouts indéniables : les réseaux de transport et de télécommunications, la qualité des ressources humaines, la situation géographique et la qualité de la vie. La France est classée au premier rang en Europe pour accueillir les centres de recherche-développement et de conception, ainsi que les entrepôts et les plates-formes logistiques.
Comment améliorer l’attractivité de l’économie française ? Contrairement au discours des pessimistes, l’avis du Conseil économique et social souligne qu’« un niveau relativement élevé de prélèvements obligatoires n’est pas un obstacle rédhibitoire à l’attraction des capitaux productifs étrangers ». Contrairement aux idées reçues, l’avis souligne également que le droit « anglo-saxon » n’est pas plus performant que le droit « romain ». H. de B. : Le Conseil économique et social estime que la France ne doit pas se reposer sur ses acquis. Il souhaite que le gouvernement français impulse une réflexion sur l’harmonisation des prélèvements obligatoires en Europe, pour éviter la généralisation d’une course au moins-disant fiscal et social. Mais il demeure, comme le souligne le Conseil économique et social, qu’un niveau élevé de prélèvements obligatoires n’est pas un frein à l’attractivité s’il correspond à l’existence de réseaux performants de télécommunications ou de transport, à une main-d’œuvre de qualité ou à la constitution de pôles d’excellence scientifique et technique. En matière de droit du travail, les différentes enquêtes d’opinion font apparaître des attentes pour alléger et simplifier la législation sociale, la rendre plus intelligible. Le Conseil économique et social préconise de limiter les effets rétroactifs de la jurisprudence et de confier aux partenaires sociaux la capacité juridique d’interpréter les conventions. Il suggère également de garantir une véritable stabilité juridique, sans pour autant recourir, comme le suggèrent certains, au droit anglo-saxon, plus complexe et onéreux (nécessité de consulter des juristes), surtout pour les petites et moyennes entreprises. Afin d’agir dans le sens de la simplification administrative en matière économique, le Conseil suggère la création d’une instance spécialement chargée d’assurer la cohérence des différentes branches du droit.
Comment améliorer l’image de la France et réduire le décalage entre ses atouts réels et les préjugés ? L’avis préconise, entre autres, d’introduire des « nouveaux leviers de valeurs tels que la responsabilité sociétale ». H. de B. : De fait, la France, quatrième puis-sance industrielle du monde, est rarement citée quand il s’agit d’illustrer les performances industrielles et techniques, ou la capacité d’innovation d’un pays. Une action volontariste de promotion de l’image de la France doit donc être menée pour faire disparaître les a priori qui circulent dans la presse internationale et les milieux d’affaires étrangers. Au moment où la réputation des entreprises est influencée par les notations d’agences anglo-saxonnes, le Conseil juge souhaitable de favoriser la constitution d’agences introduisant des critères de valeur autres que financiers, tels que la responsabilité sociétale. La richesse se construit sur le long terme.
(1) Membre du Groupe de l’agriculture, président de la section des problèmes économiques généraux et de la conjoncture, président du groupe céréaliers de France. |